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" Quand et comment parler de l’adoption ? "
L’atelier de formation du 6 octobre 2007 était animé par Marlène ESCOFFIER, psychothérapeute et maman adoptive. Ces ateliers initiés à
la demande de la direction Enfance-famille, pour les candidats à l’adoption, sont ouverts à tous. L’atelier du 1er décembre portera sur l’attachement de l’enfant à ses parents adoptifs..
L’adoption date de la nuit des temps. Dans les grands mythes et religions, on trouve un héros qui a été adopté : Moïse, Romulus et Rémus, Œdipe… Dans toutes les sociétés, si les parents de
naissance ne peuvent plus s’occuper de leurs enfants, d’autres adultes prennent le relais. L’adoption est une filiation sans partage génétique.
Il faut expliquer la différence entre un enfant adopté et un enfant naturel et entre une mère biologique et une maman. Dans l’adoption, on rencontre son enfant au lieu de lui donner la vie.
Qu’est-ce qu’un parent ? C’est quelqu’un qui transmet la vie, ensuite qui donne son nom à l’enfant et enfin qui lui apporte de l’amour, des soins, de l’attention. Pour un enfant naturel, ces
trois éléments se font dans la continuité, alors que pour un enfant adopté, ils se font dans la rupture. Ils ne sont pas donnés par la même personne (2 ou 3 personnes différentes). C’est là que
réside la différence.
Quand on parle de l’adoption à son enfant, il faut valoriser la mère de naissance : elle lui a transmis la vie et elle l’a bien fait. Elle a parfois décidé qu’elle ne pourrait pas être la maman
de l’enfant qu’elle porte. La maman est la figure référente d’attachement, de sécurité et de proximité, celle qui va protéger l’enfant (sinon, il meurt), c’est la maman adoptive. Cela n’a rien à
voir avec les gènes. Il faut poser les bons mots. Les dames de l’orphelinat sont les nounous. Pour une adoption tardive, on parlera de la première maman ou de la maman d’avant. Si l’enfant n’a
pas connu la dame qui l’a porté dans son ventre, on peut parler de la mère de naissance.
Il faut également valoriser les parents adoptifs : l’enfant ne doit pas penser qu’ils sont déficients, qu’ils ne savent pas faire un enfant. Un enfant adopté a vécu une rupture, il est passé
d’une figure d’attachement à une autre (mère de naissance/maman adoptive). Si l’enfant a été abandonné après 9 mois, il vit l’abandon comme un deuil, une mise à mal de sa sécurité. Avant, pas de
deuil car l’enfant n’a pas encore défini une figure d’attachement.
Le retentissement émotionnel de la rupture génère une angoisse pour l’enfant : il pense qu’il est la cause de l’abandon. Il faut donc répondre à sa question : « Pourquoi ai-je été abandonné ? ».
Si l’enfant a été confié à l’adoption à la naissance, c’est plus facile car il ne le ressent pas comme sa faute. S’il a été confié plus grand, vers 2-3 ans, l’enfant a eu une première maman. On
peut lui expliquer qu’un cœur a de la place pour plusieurs mamans. Il faut expliquer à un enfant qu’il a une part active, qu’il est acteur de sa vie. Même un enfant trouvé dans une poubelle l’a
été grâce à ses cris. On peut lui dire : « Tu aurais pu mourir, tu as décidé de vivre, c’est du courage ». Il doit penser qu’il est légitime, « la vie a voulu que tu sois là ». L’enfant doit
élaborer une histoire positive, respectueuse de lui et de la vie, ce que S. FREUD appelait « le roman familial ». Tous les enfants du monde refont ce roman pour se « renarcissiser ». Ils
s’imaginent d’autres parents (princesse, héros). Les enfants adoptés peuvent y croire vraiment car la brèche existe et ils s’y engouffrent.
La question : « Pourquoi ai-je été adopté ? » vient vers 5-6 ans, mais quel que soit l’âge, l’enfant pose des questions s’il sent qu’il peut en poser. Il faut qu’il sache que le questionnement
est possible. Il sait qu’il a été adopté, il l’a vécu dans son corps. Il teste ses parents pour savoir comment il peut leur en parler ; est-ce qu’ils sont d’accord et à l’aise pour en parler ?
L’enfant va tester, par ses questions, la solidité du lien d’attachement. Les parents doivent donc aider l’enfant à mettre des mots sur l’adoption. L’enfant questionne pour savoir si l’adoption
n’est pas de sa faute, il faut le rassurer.
Il faut respecter le rythme des questions, ne pas tout dire tout de suite. Les réponses doivent être adaptées à la maturité psychique de l’enfant, sans mentir. Il ne faut pas trop en dire et lui
demander par exemple : « est-ce que j’ai bien répondu à ta question ? » L’enfant pose des questions quand il a la capacité psychique d’entendre la réponse. Parfois, il fait semblant de ne pas
être adopté (il nie la rupture) car il a besoin de savoir que le lien avec ses parents va continuer tout le temps. L’enfant va construire son identité en fonction des éléments de sa vie ;
l’erreur à ne pas faire est de le définir uniquement par son adoption. Il ne faut pas réduire un enfant à un évènement traumatisant : ne pas dire : « s’il a des problèmes (à l’école par exemple)
c’est parce qu’il est adopté. »
A l’adolescence, on revisite les événements de l’enfance pour savoir qui on va devenir en tant qu’adulte. Il faut donc que l’adoption ne soit qu’un événement parmi d’autres (première fois à
l’école, chez le docteur…) pour que l’enfant se libère psychiquement de son histoire et devienne adulte.
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