Partager l'article ! Atelier pour les candidats à l'adoption du 1/12/2007 à l'EFA30: "L'attachement de l'enfant à ses parents adoptifs"La thé ...
"L'attachement de l'enfant à ses parents
adoptifs"
La théorie de l'attachement est née dans les années 1940 en Grande Bretagne avec les travaux de John Bowlby, psychanalyste à
l'origine, qui s'intéressait notamment à l'éthologie, à la science des systèmes et à la dimension interactive de la relation. La théorie de l'attachement était alors centrée sur le domaine de la
psychanalyse. Les psychologues expérimentaux se sont ensuite appropriés ces connaissances afin de les enrichir par des éléments de corrélations statistiques.
Les principaux concepts de cette théorie sont :
- L'existence d'un besoin primaire du nouveau-né et du petit enfant de créer du lien : il s'agit d'un besoin vital.
- L'existence de figures d'attachement : personne vers laquelle l'enfant en quête de réassurance se tourne. On a longtemps dit que la figure d'attachement était la mère, mais il ne s'agit pas seulement de la mère. La figure d'attachement est toute personne qui s'engage dans une relation sociale avec le bébé ou le petit enfant, une relation animée et durable qui répondra notamment aux signaux de l'enfant.
- L'existence chez tous les enfants, quel que soit leur âge, d'un système comportemental de l'attachement. Ce système apparaît notamment lorsque le petit enfant est angoissé (lorsqu'il perçoit un danger ou une menace de séparation, il émet des signaux, grimaces, sons...). Les modalités de comportement de l'attachement évoluent avec l'âge et les compétences de l'enfant.
- L'enfant doit sa survie à son système de comportement. Dès lors que l'enfant se sent suffisamment sécurisé (il se sent en confiance), il peut alterner suivant le contexte 2 types de comportements de l'attachement, qui peuvent sembler antagonistes, mais qui sont en réalité complémentaires : l'exploration (s'il n'y a pas de danger, l'enfant se sent sécurisé, il peut dans ce cas "explorer le monde") et l'attachement (si au contraire l'enfant perçoit un danger ou une menace de séparation, son comportement d'attachement est alors activé : il émet un signal qui s'adresse à quelqu'un qui va pouvoir le sécuriser, sa "figure d'attachement"). L'enfant élabore donc une stratégie inconsciente, une base de sécurisation ; il se construit une représentation rassurante des situations, exploration / attachement, phase nécessaire à son autonomisation.
Les stratégies d'attachement sont classées en 3 catégories.
[Le classement suivant fait suite à une expérimentation où l'on a observé de nombreux enfants. L'expérimentation consiste à mettre un enfant dans une pièce avec sa maman. L'enfant joue. Une étrangère entre dans la pièce et la maman sort, puit revient. On observe le comportement de l'enfant.]
- 66 % des enfants sont considérés comme "sécures". Il s'agit des enfants qui manifestent de la détresse, pleurent au moment où la mère sort de la pièce, puis ils retournent tranquillement à leurs jeux dès que la maman est revenue.
- 22 % des enfants sont considérés comme "insécures-anxieux" ou "insécures-évitants". Il s'agit des enfants qui évitent de manifester leur détresse, ils ne montrent rien, même s'ils se trouvent dans un état de stress intense.
- 12 % des enfants sont considérés comme "insécures-résistants" ou "ambivalents". Ce sont les enfants dits "chouineurs". Ils ont un comportement ambivalent ; on ne sait pas ce qu'ils veulent. Rien ne peut les apaiser.
Il existe par ailleurs une quatrième catégorie d'enfants, ceux qui n'ont pas pu mettre en place une stratégie. Ils sont qualifiés de "désorganisés" ou "désorientés". Dans l'expérimentation, il peut s'agir d'enfants pétrifiés lorsque leur mère sort de la pièce. Ils montrent des signes d'appréhension à l'égard de leur mère (ou figure d'attachement). Il s'agit généralement d'enfants ayant eu une vie très perturbée lors de leur première année.
Quel est le devenir des stratégies d'attachement au fil du temps ? Quelles sont les représentations à l'âge adulte
?
Statistiquement, si l'environnement est inchangé, elles tendent à rester stables à l'adolescence (les comportements subsistent). Néanmoins, l'étude de cas individuels montre que tout n'est pas
déterminé : l'existence d'un tuteur de résilience (parent adoptant par exemple) peut permettre à des enfants perturbés de reconstruire leur système comportemental. Plus l'âge avance, plus les
modèles sont difficiles à remanier, à réélaborer. Il existe par ailleurs une corrélation entre l'état d'esprit des parents en matière d'attachement et la stratégie d'attachement élaborée par
l'enfant. La transmission des styles d'attachement met en jeu la sensibilité de la "figure d'attachement" (la mère, ou autre personne qui a créé du lien) aux signaux de l'enfant, sa capacité à y
répondre et la façon dont elle y répond.
Quand l'enfant adopté a déjà construit une stratégie d'attachement, que se passe-t-il lorsqu'il arrive dans une nouvelle
famille ? Sur quel terreau va se construire la relation parents / enfant ?
Il n'y a pas de règle. L'enfant peut régresser pour repartir sur de nouvelles bases (inconsciemment) ou poursuivre sur son acquis. Mais les réactions de l'enfant ne sont pas uniquement le produit
de son passé mais également du passé de la grande personne qu'il va rencontrer. Il s'agit d'un système en interaction : parent et enfant(s). Il faut donc parfois aider les parents adoptifs à
réfléchir à leur passé, à ce dont ils sont porteurs.
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